Essai d'inspiration

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Essai d'inspiration

Message  Lunae-Lumen le Mer 5 Mar - 14:05

Pour créer un jeu dans un esprit médiéval fantastique, il faut de la matière. Pour avoir de la matière, il faut avoir de l'inspiration. J'en ai pas. Juste un petit échauffement pour tester ce qui reste de ma capacité à pondre du pavé.
Un pôpa qui s'apprête à affronter l'assassin de sa fille en duel, malgré la différence évidente de force entre deux êtres pourtant non humains !


Impassible, Sigurd avait les yeux posés sur l'ange noir qui allait être son adversaire. Ce dernier, crispé, commençait à montrer des signes d'impatience, si bien que seule sa respiration, lourde et irrégulière, troublait le silence presque solennel qui s'était installé. Serrant la poignée de son espadon avec hargne, Thanos était prêt à en découdre, jugé par le regard impassible du meurtrier de sa fille. Celui ci tenait son visage dans sa main, dissimulant avec peine le petit rictus narquois qui était apparu au coin de sa bouche. Arborant une posture aussi droite qu'un chêne millénaire, ses yeux azur contemplaient avec mépris le visage déformé par la rage qui lui faisait face. Son expression se fit plus honnête, et le rictus devint peu à peu une moue presque enfantine de dégoût tandis que ses doigts se resserraient lentement autour de Durandal, l'épée aux reflets bleutés. Le silence fut brièvement rompu lorsque l'épéiste aux ailes dorées tira la lame de son fourreau, avant de la pointer avec flegme vers la silhouette vengeresse de Thanos. Son bras droit, armé de sa seconde lame, décrivit de grands cercles dans le vide pour finalement venir se placer parallèlement à la première. S'il n'était pas possible pour les combattants de montrer plus de signes d'agressivité, le duel ne démarrait pas. Sigurd avait légèrement baissé la tête, réfugiant son expression dédaigneuse dans le col de son manteau long et blanc comme la neige. Déployant d'un coup sec les majestueuses ailes dorées qui ornaient son dos, desquelles se décrocha une plume à la teinte solaire, il s'immobilisa, si bien que l'esplanade de pierre où se tenaient les deux opposants paraissait être un tableau de maître d'où se dégageait une tension sans pareille.

Bercée par la brise, la plume tombait nonchalamment vers le sol. Ce même vent frais infiltrait l'imposante armure de Thanos, créant des cliquetis réguliers qui ajoutaient encore à la tension ambiante. Après plusieurs secondes qui parurent être d'interminables heures, la plume dorée toucha enfin le sol. Les iris noirs de Thanos semblèrent se débloquer, suivis du reste de son corps, qui s'élança dans une frénésie furieuse vers un Sigurd qui affichait désormais un sourire de dément, sans pour autant sortir de son immobilité. Ses yeux écarquillés voyaient l'ange aux ailes noires se rapprocher inexorablement de lui, la lame de son espadon positionnée pour un coup d'estoc. Devant une attaque si prévisible, l'être de lumière ne prépara pas de parade. Ni même de garde. Il se contenta simplement écraser les plats de ses propres armes sur celle de son adversaire dans le but de le déstabiliser, non sans avoir pivoté pour éviter le contact de l'acier froid. Sigurd eut tout juste le temps de comprendre son erreur lorsque l'espadon s'écrasa sur la pierre dans un vacarme assourdissant, en même temps que la main du colosse en armure vint se plaquer sur sa figure. Une main si grande qu'elle recouvrait l'intégralité de son visage. La pression exercée le fit vaciller puis s'écrouler juste assez longtemps pour que le pied de Thanos se plante dans son estomac. Profitant de l'impact de sa première attaque, le vieux roi aux ailes noires ramassa son épée, enchaînant les moulinets dans l'espoir de porter un coup fatal à l'assassin de sa progéniture. Ce dernier, plus amusé qu'effrayé par cette myriade d'assauts donnés sans aucune précision, n'eut qu'à bloquer la jambe de son assaillant pour le faire trébucher. Non désireux de continuer le combat au sol comme de vulgaires pugilistes, tous deux se relevèrent en un instant, et empoignèrent leurs armes respectives. Sigurd massa son estomac endolori, sans quitter son ennemi du regard.

Blessé plus dans sa fierté que dans sa chair, ce fut l'esprit de lumière qui prit l'initiative de l'attaque. Il était plus vif, plus agile, plus rapide, et surtout vêtu d'un simple manteau long qui lui conférait une résistance certes moins élevée que l'armure de plaques qui recouvrait Thanos du cou jusqu'au pieds, mais lui donnait une liberté de mouvement sans pareille. Chacun de ses mouvements, fluide et imprévisible, faisait danser ses lames autour de lui, distrayant toujours plus le vieil ange noir. La première collision fut cette de la lame azure contre la cuirasse impénétrable, créant une vibration qui força Sigurd à lâcher l'épée. L'autre esquissa un sourire, et c'est sans aucune peur qu'il saisit le tranchant de la deuxième arme dans sa main gantée. Si sa riposte fut immédiate, elle n'en fut pas moins vaine puisque son coude ne brassa que le vide. En un bref clignement de cil, l'épéiste au manteau s'était glissé dans le dos du vieux guerrier. Les premières gouttes de sang coulèrent quand un poignard sorti d'une de ses poches se planta dans l'aile droite de Thanos, seule partie de son corps que sa volumineuse armure ne protégeait pas. Son genou plia un bref instant, mais il se reprit avant de tomber. Ses pensées défilèrent à la vitesse de l'éclair. Cet ennemi se déplaçait trop rapidement, faisait preuve de réflexes hors normes, et savait se montrer malin. Un combat difficile pour le vengeur, qui ne pouvait compter que sur sa force brute et la protection que lui offrait sa cuirasse. Un bond en arrière lui offrit la sécurité dont il avait besoin pour se remettre, juste l'espace de quelques secondes. Par rapport au début du combat, leurs positions s'étaient maintenant inversées. La pitié pouvait de voir dans le regard de Sigurd, dont le souffle dégagea la mèche blonde qui obstruait sa vue. Il restait de marbre devant la souffrance du vieux roi haletant. Leurs derniers échanges, bien que brefs, avaient été intenses.

Encore une fois, ce fut Sigurd qui mena l'offensive. Thanos ne cédait pas devant la pluie de coups qu'il parait grâce à la largeur de son épée, il sentait ses forces se dérober à chaque seconde en même temps que se faisait de plus en plus pressante la nécessité de riposter. Plus le combat se prolongerait, plus ses chances de remporter ce duel s'amenuiseraient. Remarquant le recul pris par son ennemi, il entreprit de se protéger contre ce qui semblait viser son cou. Il se rendit compte de son erreur lorsqu'une vive douleur au niveau des côtes lui arracha un râle de douleur. Pris de stupéfaction, il regarda fixement le sol de pierre. De petits débris noirs comme le jais s'y éparpillaient, et l'ange aux ailes sombres déglutit en comprenant que ces morceaux venaient de son armure. Si la blessure qu'il venait de se voir infliger le tenaillait terriblement. L'assurance qui brûlait dans son regard avait laissé place à l'angoisse d'être tué. Il remarqua l'étrange lueur qui entourait désormais les deux épées bâtardes de l'être de lumière. Sans accorder aucun répit, Sigurd noya le vieil ange sous un déluge d'assauts répétés. Bientôt, la lourde armure de plates n'était plus qu'une pluie d'éclats métalliques qui s'écrasa lourdement sur la strate rocheuse. Thanos avait de toute évidence perdu ce duel, mais alors qu'aucun des deux n'avait encore adressé un mot à l'autre. A genoux, impuissant, seulement recouvert d'une fine tunique de soie que l'affrontement avait mise en lambeaux. Ses velléités guerrières avaient totalement disparu, seule subsistait la terreur de la mort. Le dévisageant avec tout le mépris du monde, Sigurd ouvrit la bouche pour lui déverser ses paroles assassines.


_(Sigurd) : La sénescence est un bien terrible fléau. Elle t'a rendu faible, mon vieil ami. J'espérais un peu plus de résistance de ta part.

Ces mots, en apparence anodins, eurent l'effet du pire des poisons pour l'ange noir. Se sentir aussi minable devant cet homme, qui lui avait pris ce qu'il avait de plus cher, le remplissait d'une insupportable amertume.

_(Sigurd) : Tu voudrais revoir ta fille, n'est-ce pas ?

Pendant un instant, une lueur d'espoir se manifesta dans les yeux de Thanos, mais le sadisme perceptible dans le ton de voix de l'épéiste au manteau le fit vite déchanter. Il ne pensait plus qu'à utiliser ses dernières forces pour s'enfuir, pour peu que ça lui soit encore possible. Se relevant tant bien que mal, il réussit à boiter sur quelques mètres, avant d'être de nouveau vaincu par la douleur. Sa tunique déchirée laissait visible son corps recouvert d'entailles et de sang frais. Rendu incapable par la souffrance, et muet par l'humiliation, il tourna une dernière fois la tête pour voir que Sigurd avait commencé à marcher dans la direction opposée, semblant ne plus faire attention à ce vieillard aux cheveux grisonnants, mutilé et désespéré, se raccrochant à la dernière étincelle de vie. Il allait vivre, s'était révélé trop faible pour poser une quelconque menace à ce meurtrier cruel et insensible. Du moins, il le croyait, jusqu'à ce qu'une gerbe de sang éclabousse la roche sur laquelle il se battait une minute auparavant. Lentement, très lentement, sa tête se baissa, et le vieux souverain put voir avec horreur la rangée de plumes dorées sortie de son ventre déchirée. L'aile de l'être de lumière, qui avait brusquement réduit la distance entre eux deux, venait de le transpercer de part en part. D'une manière tout aussi brutale, celui ci effectua le mouvement inverse et retira son aile du corps du malheureux, qui s'effondra aussi sec dans une abondante mare de sang rouge. Allongé sur le dos, les entrailles à l'air, il scrutait chaque geste de l'homme qui venait de le mettre à mal. Il ne put lire aucune pointe de regret dans le regard de Sigurd. Il avait simplement l'air de ne pas exister pour cet être si fort, mais si cruel. Ce visage, si inexpressif, fut la dernière chose qu'il vit avant de sombrer dans l'inconscience.

L'autre souffla, son aile et ses armes toujours recouvertes de ce sang qui n'était pas le sien. Il fixa l'horizon durant un court instant, avant de tourner la tête vers l'escalier qui menait à l'esplanade de pierre, d'où émanaient des bruits de pas. C'est sans surprise qu'il vit arriver ce groupe de quatre personnes, toutes du même âge. Il y avait ce jeune homme aux cheveux châtains, son propre fils. Cette jeune femme, d'une naïveté candide, qui malgré toutes les horreurs vécues gardait une forte dose d'espoir ancrée en elle. Cette autre fille, l'humaine amnésique à la recherche de son passé, qui semblait apprendre de chaque regard. Et c'est avec délice que Sigurd constata l'identité de la quatrième personne. Ce garçon de taille moyenne aux cheveux noirs comme la nuit, aux iris rouge sang, vêtu de son éternelle cape noire sertie d'une épaulette de métal au côté gauche, et portant une épée de la même couleur du côté droit de sa
ceinture. Cette présence qui aurait rendu la défaite de Thanos encore plus douloureuse s'il l'avait remarqué, et qui transpirait de haine à la vue de ce triste spectacle. La voix du jeune homme retentit, appelant celui qui ne répondrait pas. Qui ne répondrait plus.

_(Guéryon) : Grand-père !


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Re: Essai d'inspiration

Message  Tora-noshi le Mer 5 Mar - 23:42

Malgré le fait que j'ai du relire certains passages pour comprendre, je n'arrivais plus à savoir qui était qui, j'ai bien aimé. Par contre j'aurais voulu savoir pourquoi sa fille avait été assassinée, le hasard ou une sorte de demande d'assassinat d'un tiers.
Réussir à faire un texte aussi long pour un combat c'est impressionnant, même moi quand je faisais ce genre de choses ça prenait généralement une dizaine de lignes.

Je vais me permettre une remarque importante, juste pour t'embêter : tu as oublié les fameux guillemets au début et à la fin quand Sigurd et Guéryon parlent.
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Re: Essai d'inspiration

Message  Lunae-Lumen le Jeu 6 Mar - 3:04

Pour les guillemets, je n'ai rien oublié, ce sont mes propres codes d'écriture. Par contre, pour une raison que j'ignore, l'italique est pas passé entre les dialogues et après.

Et pour ce qui est de la fille assassinée (la mère de Guéryon au passage, également ange noire, tandis que le père de Guéryon est un démon), c'est une pyromancienne a également été tuée par Sigurd en combat. Du moins, c'est ce qui est pensé à ce stade de l'intrigue. La scène de sa prétendue mort est d'ailleurs mal écrite (date de 2009), va falloir que je refasse ça.
Le petit groupe qui arrive réussit à sauver l'ange noir, mais ça l'empêchera pas de crever plus tard aussi.

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Re: Essai d'inspiration

Message  Mad-monkey le Jeu 6 Mar - 6:31

a voté !

Plus sérieusement, il reste quelques coquilles, et le ton est parfois un peu pesant, redondant. Fais gaffe avec l'accumulation d'adjectifs, parfois tu devrais aller un peu au plus simple !
Et tes expressions sont un peu répétitives, par exemple j'ai un peu tilté au deuxième "mais il se rendit compte de son erreur trop tard", on a l'impression d'avoir exactement la même situation qui se répète, ça fait un peu moyen Surprised

Enfin tout ça c'est des reproches d'un amateur de littérature un peu tatillon, c'est vraiment du très bon boulot, et ça se lit très bien ! Smile
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Re: Essai d'inspiration

Message  Lunae-Lumen le Ven 7 Mar - 19:14

Je prends les reproches, Mad. Je fais beaucoup de Ctrl + F pour déceler les répétitions, celle là aura échappé à ma vigilance.
Ce que j'aime beaucoup avec le personnage de Sigurd, c'est qu'il servait de méchant à l'intrigue, mais ses intentions restent floues jusqu'à la fin. Et au passage, je voulais m'éloigner de ce stéréotype du "mal ancestral qui revient pour plonger le monde dans les ténèbres". C'est un immortel qui a été trahi et emprisonné à la suite d'une guerre, il cherche à remonter le temps pour changer le passé. Le souci, c'est qu'il s'en fout totalement des dégâts qu'il peut causer dans le présent.  Le truc des épées paraît bizarre mais est au coeur du background.


De l'autre côté de la lourde porte d'orichalque, Tsuki pouvait entendre des bruits de pas. Réfugiée dans les bras de Sariel, pour qui ses sentiments étaient toujours incertains, elle faisait osciller ses yeux entre la table dressée et les deux blocs de métal qui les séparaient encore de leur ennemi, qui semblait s'être arrêté. Tout son corps se mit à trembler lorsque les charnières se mirent à pivoter. Au fur et à mesure que le passage se libérait, la silhouette ailée de Sigurd se profilait de plus en plus clairement. Le sang de la jeune femme ne fit qu'un tour au moment où son regard croisa celui de l'invité surprise. A peine ce dernier eut-il fait un pas que les serviteurs de Sariel s'interposèrent, en vain, puisqu'ils furent balayés d'un simple revers de bras. Leur maître fronça les sourcils, et dans son expression de colère, laissa apparaître ses canines sur-développées, propre à ceux de son espèce. Ce qui ne manque pas de faire sourire l'être de lumière.

_(Sigurd) : Vous organisez une petite fête, et vous ne m'invitez pas ? Que c'est inconvenant.

_(Sariel) : Bien au contraire. Ton nom est inscrit sur le menu. Il ne manquait plus que toi.

_(Sigurd) : Qu'attendons nous, alors ? Que ton sommelier m'apporte de ton meilleur vin, vampire !

Ces paroles éveillèrent chez le buveur de sang une sensation qu'il ne connaissait que trop bien. Il passa sa langue sur ses lèvres, s'imaginant déjà boire le sang de Sigurd jusqu'à la dernière goutte, et se réjouissant à l'idée de ne laisser que le cadavre exsangue de son némésis. Ses iris se fendirent, dévoilant ses intentions meurtrières. Sentant les tremblements de Tsuki, qui s'était drapée dans sa cape, il s'adressa à la lycan d'une voix douce.

_(Sariel) : Ne bouge pas, ma rose. Ce soir, nous mangeons de la volaille fraîche.

Ses bras s'écartèrent, libérant la jeune femme de son étreinte. Sans rien dire, elle entreprit de quitter la salle, ce qui impliquait pour elle de passer à côté de Sigurd. Quelques instants durant lesquels elle sentit son coeur battre à tout rompre. D'apparence effrayée, elle se tenait sur ses gardes, tenant fermement le manche de la dague qu'elle gardait dissimulée dans la doublure de son vêtement. Un soupir de soulagement s'échappa de sa bouche quand elle vit que l'être de lumière n'avait même pas l'air de faire attention à elle. Du moins jusqu'à ce qu'elle sente sa main se poser sur son épaule. Elle se figea, tremblante, alors que le ricanement à peine audible de Sigurd lui parvenait à l'oreille. Frappée de panique, elle n'osait plus bouger de peur d'être attaquée. Elle fut "délivrée" par l'intervention de Sariel, dont le poing s'écrasa dans la figure de l'oppresseur. Ce dernier recula d'un pas, inclinant la tête avant de cracher du sang sur le sol. Tsuki en profita pour s'échapper à grandes enjambées, traversant avec hâte les couloirs mal éclairés du château pour finalement disparaître dans la pénombre. Furieux, l'épéiste au manteau se redressa brusquement. Il fit craquer son cou et sa mâchoire tandis que ses yeux jetaient des éclairs à Sariel. Son corps se recouvrait une aura aveuglante pendant qu'il s'élançait en direction du vampire, à mains nues, guidé par une rage indescriptible. Mais c'était sans compter sur la barrière de flammes qui s'érigea autour de lui au moment décisif. La voix fulminante d'un Sigurd bouillonnant de colère résonna dans toute la pièce.

_(Sigurd) : Quoi encore ?

A sa grande surprise, l'ange noire Calypso lui fit face après avoir traversé le brasier qui l'emprisonnait. Il pouvait lire sur son visage une expression que la fille de Thanos n'affichait pas souvent. Si souvent empreinte de l'envoûtante timidité qui seyait si bien à ses traits gracieux, ceux-ci s'étaient remplis d'une assurance inébranlable, la faisant se tenir face à un Sigurd on ne peut plus surpris. Ses ailes noires déployées révélaient sa volonté combative. Toutefois, cette façade de courage avait peine à dissimuler son appréhension, car la jeune femme savait qu'elle n'était pas de taille contre cet adversaire intemporel aux capacités hors du commun. Elle disposait cependant d'une arme quelque peu spéciale puisqu'il s'agissait de Balmung, l'épée de légende à la lame irisée forgée dans le même métal que sa jumelle Durandal, qu'elle avait récupérée dans les vestiges de la citadelle céleste. Ainsi équipée, l'ange ne craignait pas la défaite. Saisissant l'occasion qui se présentait, elle réduisit à néant la distance entre elle et Sigurd, avant que celui-ci, frappé de stupeur, ne put réagir immédiatement. Le temps semblait avoir ralenti, alors que son ennemi sentait la lame irisée pénétrer impitoyablement ses chairs, poussée par la main déterminée de Calypso. Elle se délecta de la détresse qui émanait de sa victime.

_(Calypso) : C'est fini ! Tu ne feras plus de mal à personne !

_(Sariel) : Écarte toi, petite !

Ce n'est qu'après avoir entendu le vampire crier de l'autre côté du brasier que Calypso eut le déclic. Quelque chose n'allait pas. Elle avait empalé Sigurd au niveau de l'estomac, mais pas une goutte de sang ne coulait de la plaie. La lame de l'épée elle même avait gardé ses couleurs. Visiblement meurtri, le corps de l'être de lumière n'émettait aucun spasme. Au contraire, il se tenait droit sur ses pieds, tout en hauteur, fixe. Le désespoir feint avait fait place au mépris sur le visage de l'épéiste, qui de par sa taille imposante regardait Calypso d'une tête au dessus. Ce fut d'abord un soupir, puis ce léger ricanement si caractéristique au personnage qui retentirent, accompagnés d'un grincement métallique alors qu'il retirait sa propre épée de son fourreau. La jeune femme resta pétrifiée pendant que l'arme, baignée d'une légère lueur bleutée, déchira sa chemise rouge pour s'enfoncer à l'exact emplacement de son cœur. Elle voulut se débattre, crier, mais rien n'y fit. Au bout de quelques secondes, ce fut la stupéfaction qui l'envahit. Loin de provoquer cette insoutenable agonie à laquelle elle s'attendait, l'ange noire ne ressentait aucune douleur. Comment ? Elle ne le savait pas. Elle ne pouvait que constater que Sigurd était pris d'un fou rire à vriller les tympans, s'élevant jusqu'au plafond voûté du château. Quand il réussit enfin à se reprendre vint le temps des explications.

_(Sigurd) : Vraiment. Les nains ont pensé à tout. Si on m'avait dit que cette légende était vraie, je ne l'aurais pas cru !

L'appréhension de Calypso, de plus en plus forte, supplanta bientôt l'étonnement d'être toujours en vie.

_(Sigurd) : Les porteurs de ces armes ne peuvent se blesser entre eux. Fascinant !

C'est avec dégoût que l'ange vit Sigurd empoigner directement la lame de Balmung pour la retirer de son ventre ouvert. Sa respiration s'était accélérée devant l'horreur de ce geste, si bien que chaque battement de son cœur faisait vibrer l'épée qui le transperçait. Sa surprise fut encore plus grande quand la blessure qu'elle avait causé à l'être de lumière se résorba en un instant, ne laissant aucune cicatrice si ce n'est celle qui était déjà présente. A son tour, Calypso entreprit de déloger Durandal, mais n'eut pas le temps. Soutenant, captivée, le regard empli de dédain de l'homme qui lui faisait face, elle ne vit même pas que celui ci avait tiré d'un coup sec sur la poignée de son bien, extirpant l'arme du corps de la pyromancienne. Elle respira bruyamment, enfin libre de ses mouvements, mais privée de toute confiance en cette épée qui représentait sa seule chance de victoire. L'incertitude devint de l'abattement lorsqu'une vive douleur la prit. Ne laissant pas le temps à Calypso de se régénérer, Sigurd avait glissé son bras là où Durandal avait ouvert ses chairs, et tenait fermement son coeur dans sa main. Suffocante et subitement vidée de ses forces, elle agrippa le bras de son bourreau, le recouvrant du sang qu'elle crachait. La barrière de flamme s'évanouit, offrant le spectacle à un Sariel désorienté. Tsuki s'était cachée derrière la porte, essayant de sortir l'image de l'ange noire agonisante de sa tête, regrettant son impuissance. Tenant son crâne entre ses doigts, elle demandait pardon à cette amie pour qui elle ne pouvait rien faire.

La fille de Thanos sentait sa vie la quitter tandis que la prise de la main de Sigurd sur son organe vital s'intensifiait. Incapable de respirer, sa peau avait pâli. Déjà, ses pieds pataugeaient dans la fontaine de sang qui s'échappait de la plaie béante. Sigurd, lui, semblait en transe, captivé par cette morbide distraction qui s'offrait à lui. Ce visage tordu par la souffrance lui paraissait bien familier. Les traits fins de Calypso lui rappelaient ceux de sa bien aimée. Au moment de sa mort, elle était animée de la même détresse. Sans qu'il en prenne conscience, sa main libre avait commencé à parcourir le bras de la jeune femme pour ensuite se glisser sous sa chemise rouge. Les yeux fermés, il avait posé sa joue contre celle de sa proie, rapprochant doucement ses lèvres des siennes pour la gratifier d'un baiser langoureux. La douceur de la peau de l'ange exacerbait ses sens, l'enfermant dans une extase malsaine qui pour lui avait l'apparence d'un souvenir heureux. Les suffocations de sa victime le ramenèrent bientôt à la raison tout en lui arrachant un sourire de satisfaction. Sans aucune hésitation, d'un coup rapide, il retira son bras du corps de l'infortunée Calypso, qui tomba au sol, inerte. Un dernier spasme secoua le cadavre de l'ange noire. Inattentif, Sigurd fixait l'organe encore palpitant dans le creux de sa paume. Sans regret, il referma le poing, broyant ce coeur déjà condamné. Attrapant une plume noire comme l'ébène qui s'était détachée des ailes de sa victime, il la caressa longuement. Un silence de mort s'était installé dans le château du vampire.


Dernière édition par Lunae-Lumen le Ven 10 Juin - 12:21, édité 2 fois

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Re: Essai d'inspiration

Message  Lunae-Lumen le Dim 9 Mar - 17:18

Et un autre pour la route, plus petit, faut bien que je m'entraîne. Toujours les mêmes personnages. Cette fois-ci, Sigurd et l'humaine amnésique vaguement mentionnée dans le premier post. Cet épisode là se déroule entre les deux premiers (avant le premier et après le deuxième).

Cela faisait déjà quelques jours que cet intense sentiment de solitude étreignait Aiko, alors qu'elle vagabondait dans la forêt, seul endroit qu'elle pouvait appeler son "chez-elle". En dépit de l'agréable senteur printanière qui se dégageait de chaque plante, chaque buisson, chaque arbre, rien ne réussissait à ôter de son esprit la dernière image de son amie. Elle revoyait cette tigresse à la fourrure blanche striée de rayures bleutées, se souvenait de chaque détail. Du moment où elle l'avait retrouvée étendue sur le sol, baignant dans une mare de sang s'écoulant d'une plaie qui ressemblait à une blessure par l'épée, à celui où le noble animal rendit son dernier souffle. Elle se rappelait avoir voulu se jeter dans les bras de Thomas, mais le jeune homme était reparti quelques jours plus tôt à la recherche de quelques bribes de ses aventures passées. La brune se retrouvait donc seule, écrasée par la douleur qu'elle ressentait. Il n'y avait que "cet endroit" pour la consoler. Une cascade, perdue au milieu de la forêt, dont on n'entendait l'écoulement qu'après avoir traversé les épaisses rangées d'arbres qui l'entouraient, comme si la nature elle même voulait préserver ce lieu enchanteur de l'espèce humaine. Mais Aiko l'avait trouvée, et lorsqu'elle avait besoin de réconfort, d'entendre chanter les oiseaux, de voir s'écouler ces trombes d'eau, elle s'y rendait et s'allongeait dans une herbe que personne d'autre n'avait jamais foulée. Pas une fois elle n'avait été dérangée dans son petit coin de paradis, loin des sentiers remplis de brigands et du vacarme des calèches.

Entre deux bouleaux, l'adolescente se berça de la douce chaleur du soleil, qui passait là où les hautes cimes condamnaient le reste de la forêt à l'obscurité. Elle ôta ses sandales, qu'elle laissa sur place, et se mit à sautiller gaiement dans les hautes herbes qui chatouillaient ses genoux. L'air d'une pureté incomparable revigorait tant son corps que son esprit, chassant les mauvaises pensées qui l'avaient envahie. Arrivée au bord de l'eau, elle y trempa les pieds et s'allongea, sereine. Les yeux fermés, sa longue chevelure brune étendue aux quatre directions, elle ne pensait plus à rien et profitait seulement de l'instant. Jusqu'à ce qu'un bruit suspect ne la fasse réagir. L'oreille collée contre la verdure, la jeune fille entendait un petit bruissement qui lui annonçait la venue d'une autre personne, la faisant se relever sans crier gare. Tout juste fut-elle réfugiée derrière le chêne qui trônait au milieu de la clairière qu'elle put voir le visiteur. Il s'agissait d'un homme de grande taille, vêtu d'un large manteau blanc comme neige qui descendait à ses chevilles. Ses cheveux blonds, d'une longueur et d'une raideur étonnantes, s'arrêtaient à hauteur de ses genoux. Mais le plus étonnant, c'était ces deux grandes ailes dans son dos, serties de plusieurs rangées de plumes dorées étincelantes, que la lumière du soleil rendaient encore plus belle. Toutefois, Aiko n'avait pas pu voir son visage. L'homme stoppa la marche là où la vagabonde était quelques instants plus tôt, et se pencha pour regarder son reflet dans l'eau claire. Il soupira. Aiko, surprise par un insecte qui s'était posé sur son bras, sursauta, faisant se retourner le visiteur. Elle fit silence, et après quelques secondes durant lesquelles elle cessa de respirer, elle regarda de nouveau en direction du lac alimenté par la cascade. L'homme n'était plus là. Derrière elle, une voix retentit :


_(Sigurd) : Qu'avons nous là ?

Elle déglutit. Faisant parler ses réflexes, Aiko tenta de s'échapper, mais elle fut vite rattrapée à Sigurd, qui attrapa son bras avec une telle vigueur qu'elle sentait se bloquer la circulation de son sang. Sans la lâcher, l'être de lumière la traîna jusqu'à la berge et la jeta dans l'eau. Trempée, la jeune fille le regarda s'asseoir sur l'herbe. Elle voyait son visage pour la première fois, et restait captivée, au point d'en oublier de sortir du lac. Les traits fins et harmonieux de Sigurd étaient délimités par une barbe naissante. Elle se doutait que la trentaine d'années qu'il paraissait avoir cachaient un secret, et  s'aperçut avec surprise qu'il n'avait pas d'ombre. Lorsqu'elle plongea son regard dans le sien, elle se sentit hypnotisée par ces yeux d'un azur plus pur que le ciel lui même, oubliant tout ce qui rendait cet homme différent d'un humain normal. Elle y décelait toutefois une grande tristesse, un accablement à la limite du soutenable, et s'imagina qu'il devait être ici pour les mêmes raisons. Se hissant sur les bords du lac, elle prit place juste à côté de lui. Sans le connaître, Aiko avait un millier de questions à lui poser. Mais ce fut Sigurd qui engagea la conversation.

_(Sigurd) : C'est plutôt rare de voir quelqu'un ici. Je pensais être le seul à connaître cet endroit.

_(Aiko) : Un jour, je me suis réveillée ici, sans souvenirs. J'ai toujours vécu dans cette forêt. Mais que faites vous ici ? Vous êtes un ange ?

_(Sigurd) : Je n'ai rien à voir avec ce peuple arrogant qui se prend pour une race suprême. Toutefois, cette merveille de la nature où nous nous trouvons a une importance particulière pour moi. Je suis né ici.

La brune semblait décontenancée par les paroles que Sigurd lui adressait. Au final, chacune des réponses qu'il donnait semblait soulever deux nouvelles interrogations. Tous les mots qu'il prononçait l'entouraient d'une aura de mystère. Aiko ne savait plus quoi dire, ce que Sigurd ne manqua pas de remarquer.

_(Sigurd) : Ceux qui savent se rendre dans ce lieu exceptionnel doivent être promis à une destinée exceptionnelle, tu ne penses pas ?

_(Aiko) : Une petite orpheline sans le sou, sans foyer, sans amis ? Ma vie est loin d'être incroyable. Je ne sais même pas chasser toute seule.

_(Sigurd) : Nos rêves sont tout ce que nous avons besoin de chasser. Le reste est futile.

_(Aiko) : Vous semblez avoir abandonné toutes vos illusions, et vous êtes encore capable de dire ça ?

Sigurd se bloqua, et se mordit la lèvre tandis que sa tête s'inclinait en direction du sol. Il se sentait blessé par les paroles pourtant innocentes d'Aiko, qui s'interrogeait sur la raison de ce silence soudain. Il ne put retenir une larme, qu'il cacha habilement en plaçant sa main devant ses yeux. Une petite perle salée dont il ne pouvait deviner la provenance, puisqu'il lui était interdit de ressentir le moindre sentiment. Les minutes qui suivirent ne furent ponctuées d'aucun autre bruit que celui de la cascade qui leur faisait face. Plongé dans ses pensées, l'esprit ailé ne remarqua même pas qu'Aiko, épuisée, s'était endormie sur son épaule. Comme s'il voulait ne pas être vu, il sourit fébrilement. Épuisé, il ne tarda pas à baisser sa garde pour faire de même. Ici, le repos lui était autorisé, là où il ne faisait que se battre dans ce qui paraissait être un tout autre univers à l'extérieur de la forêt. Sa pensée s'interrompit, et libéré, il entra dans le monde des rêves.

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Charles de Gaulle
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